Repères
Temps d'écran par âge : ce qui est officiel, ce qui ne l'est pas, et d'où vient le 3-6-9-12
7 août 2026

Le sujet du temps d’écran chez l’enfant est saturé d’injonctions, de règles transmises de blog en blog et de chiffres jamais sourcés. La règle du 3-6-9-12, en particulier, est citée comme une norme officielle alors qu’elle ne l’est pas. Cet article fait le tri entre ce qui relève de la réglementation française, ce qui relève de la recommandation institutionnelle, et ce qui relève de la simple reprise médiatique.
Ce qui est réglementaire : l’interdiction avant 3 ans en accueil collectif
La seule disposition ayant force de loi en France est récente. L’arrêté du 27 juin 2025, publié au Journal officiel le 1er juillet 2025, interdit l’exposition aux écrans des enfants de moins de trois ans dans les structures d’accueil collectif — crèches, haltes-garderies, multi-accueils — ainsi que chez les assistants maternels (Ameli, mise à jour du 12 mars 2026).
Cette interdiction s’applique aux temps collectifs et individuels de la structure. Elle ne concerne pas le domicile familial. Aucune loi n’interdit à un parent de montrer un écran à son enfant de deux ans à la maison. C’est la seule et unique contrainte réglementaire en vigueur, et elle ne couvre que les modes de garde collectifs.
Le texte impose aussi aux professionnels des actions de sensibilisation auprès des familles et l’élaboration d’une charte annuelle d’utilisation des écrans dans chaque structure. Il ne prévoit pas de sanction pénale : son effectivité repose sur le contrôle des services de protection maternelle et infantile.
Ce qui est recommandé : les avis des institutions de santé
Si la réglementation s’arrête au seuil de la crèche, les institutions de santé publique françaises ont émis des avis convergents. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) et l’Académie nationale de médecine, dans un avis conjoint de 2019, recommandent de ne pas exposer les enfants de moins de trois ans aux écrans, sauf dans le cadre d’un usage interactif accompagné d’un adulte. La précision est importante : il ne s’agit pas d’une prohibition totale du type « zéro écran », mais d’une restriction forte.
Santé publique France, via le Programme national nutrition santé (PNNS), fixe l’âge limite sans écran à deux ans, sur la base des travaux de l’Anses publiés dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire n°6 du 12 avril 2023. L’écart entre « 2 ans » et « 3 ans » reflète une divergence entre la santé publique nutritionnelle (2 ans) et la santé publique générale via le HCSP (3 ans). Les deux s’accordent sur le principe : pas d’écran passif avant deux ou trois ans.
D’où vient le 3-6-9-12, et ce que ce n’est pas
La règle « 3-6-9-12 » est omniprésente dans les articles de prévention et les contenus parentaux. Peu de lecteurs savent exactement d’où elle vient. Elle a été formulée en 2008 par le docteur Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, dans le cadre d’une campagne de sensibilisation relayée par l’Arcom (alors CSA) et plusieurs associations. Le BEH de Santé publique France n°6 du 12 avril 2023 en retrace la genèse et précise explicitement qu’il ne s’agit pas d’une norme réglementaire.
Les quatre balises proposées sont : pas d’écran avant 3 ans, pas de console personnelle avant 6 ans, pas d’Internet non accompagné avant 9 ans, et pas de réseaux sociaux avant 12 ans. Aucune n’est inscrite dans la loi. Leur autorité vient de leur adoption par les institutions — Arcom, associations, ministères — et de leur reprise systématique dans la presse, qui a progressivement gommé leur statut de recommandation.
Pourquoi les âges limites diffèrent selon les sources
Le tableau ci-dessous synthétise les principaux repères. La diversité des chiffres n’est pas une contradiction : chaque source a son périmètre et sa méthodologie.
| Source | Âge limite « sans écran » | Temps maximal recommandé | Date de publication |
|---|---|---|---|
| Arrêté du 27 juin 2025 (réglementaire) | 3 ans (en accueil collectif uniquement) | Non spécifié | 27/06/2025 |
| HCSP / Académie nationale de médecine | 3 ans (hors usage interactif accompagné) | Non spécifié | 2019 |
| Santé publique France – PNNS | 2 ans | 1 h par jour entre 2 et 5 ans | Avril 2023 (BEH n°6) |
| Anses (repris dans BEH n°6) | 2 ans | Non spécifié | 12/04/2023 |
| OMS – Guidelines on physical activity | 2 ans | 1 h par jour entre 2 et 5 ans | Avril 2019 |
| American Academy of Pediatrics | 2 ans (hors appels vidéo) | 1 h par jour entre 2 et 5 ans | Octobre 2016 |
Ce tableau montre une convergence autour de l’absence d’écran avant 2 ans et d’une limite d’une heure quotidienne pour les 2-5 ans. Les divergences entre 2 et 3 ans pour l’âge seuil reflètent le passage d’une recommandation internationale (OMS, AAP, Santé publique France) à une position plus restrictive du HCSP, reprise dans la réglementation des modes de garde.
Les repères internationaux, pour situer
L’OMS, dans ses lignes directrices de 2019 sur l’activité physique et le sommeil des moins de 5 ans, recommande l’absence d’écran avant 2 ans et un maximum d’une heure par jour pour les 2-5 ans. L’American Academy of Pediatrics (octobre 2016) précise la même limite de 2 ans, en excluant les appels vidéo, considérés comme une interaction sociale et non une exposition passive.
Ces repères internationaux ne sont pas contraignants en France, mais ils ont influencé l’Anses et Santé publique France. L’alignement de l’OMS et de l’AAP sur 2 ans — et non 3 — explique la coexistence des deux seuils dans le discours institutionnel français.
Un témoignage du forum r/ParentingFR illustre la distance entre les repères et la réalité : « Des enfants en maternelle sont au courant de trends TikTok et les reproduisent » (Kikill06, 10 avril 2026). Ce constat, qui relève de la perception d’un parent et non d’une étude, rappelle que les recommandations butent sur une réalité où l’exposition précoce dépasse les seuils prescrits.
FAQ
La règle 3-6-9-12 a-t-elle une valeur légale ?
Non. Les balises 3-6-9-12 ont été proposées par le docteur Serge Tisseron en 2008 et relayées par l’Arcom. Elles ne figurent dans aucun texte de loi. La seule disposition réglementaire est l’arrêté du 27 juin 2025, qui interdit les écrans aux moins de 3 ans en accueil collectif.
À quel âge un enfant peut-il commencer à regarder un écran ?
Les institutions françaises proposent deux seuils. Santé publique France (PNNS, via l’Anses) fixe l’âge à 2 ans, tandis que le HCSP et l’Académie nationale de médecine préconisent 3 ans, en tolérant les usages interactifs accompagnés d’un adulte. Il n’existe pas de réponse unique, mais un consensus minimal : aucun écran passif avant 2 ans.
Combien de temps d’écran par jour pour un enfant de 5 ans ?
Les recommandations convergent vers un maximum d’une heure par jour pour les 2-5 ans (Santé publique France, avril 2023 ; OMS, avril 2019 ; AAP, octobre 2016). Cette limite d’une heure s’entend pour l’ensemble des écrans — télévision, tablette, smartphone. Au-delà de 5 ans, les repères deviennent qualitatifs : les institutions insistent sur l’accompagnement parental et l’absence d’écran dans la chambre plutôt que sur une durée chiffrée.
Que dit la réglementation sur l’usage des écrans à la maison ?
Rien. Aucune loi française n’encadre l’usage des écrans par les enfants au domicile familial. L’arrêté du 27 juin 2025 ne concerne que les structures d’accueil collectif. Les recommandations institutionnelles constituent le seul cadre de référence disponible pour les familles.
Un sommeil de qualité est un facteur protecteur reconnu face aux effets des écrans. Vous trouverez des repères chiffrés dans notre dossier sur le nombre d’heures de sommeil par âge, et une analyse des interactions entre exposition nocturne et endormissement dans notre article sur les écrans et le sommeil. Enfin, pour les parents de jeunes enfants qui abordent simultanément plusieurs étapes de développement, notre dossier sur la diversification alimentaire peut vous être utile.
⚕️ Cet article est fourni à titre d’information et de vulgarisation. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation. Pour toute question relative à la santé de votre enfant, consultez un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.


